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30 juillet 2018

Improvisons

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Par Sabine Faraut
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Nous avons beau être de plus en plus nombreux à assister à des spectacles d’improvisation théâtrale ou à y jouer, la discipline reste encore peu connue en France. Pour le grand public, elle reste avant tout assimilée au match d’impro, un concept né au Québec à la fin des années 70. Pendant longtemps, le match a été la seule manière de pratiquer l’improvisation dans le monde francophone. Pourtant, d’autres approches ont émergé en parallèle côté anglo-saxon.

Aujourd’hui, une multitude de formats et de concepts sont pratiqués en France: des histoires longues improvisées – on parle de long-form, des pièces de théâtre semi-dirigées où un narrateur donne des consignes aux comédiens en direct à la manière d’un metteur en scène – et même des comédies musicales entièrement improvisées.

Au fil des ans, les productions se sont professionnalisées et ont rencontré un véritable succès public. Du coup, le monde du théâtre lui-même a commencé à se ré-intéresser à l’exercice. Le théâtre classique fait de plus en plus de place à l’improvisation, jusqu’à la Comédie-Française.

Autre signe: depuis deux ans, le festival Off d’Avignon a créé une catégorie «Improvisation» à part entière, alors que les spectacles improvisés joués dans la Cité des Papes étaient jusqu’ici classés sous Comédie ou Humour. À Paris, les salles de théâtre, traditionnellement frileuses vis-à-vis de l’impro, ont commencé à programmer des spectacles. Un théâtre entièrement dédié à l’improvisation théâtrale a par ailleurs ouvert ses portes à Lyon en octobre 2014. L’Improvidence accueille désormais plus de 800 représentations chaque année qui cumulent environ 30000 spectateurs.

L’improvisation et le théâtre ne sont plus en tout cas des frères ennemis. De nombreux comédiens pratiquent même les deux arts.
Tous apprécient également l’espace de liberté et de créativité jouissif qu’offre l’improvisation, dans tous les registres.

L’improvisation permet de travailler la prise de risque – quand il faut se lancer et jouer sans filet – et de dédramatiser aussi l’échec. Sur scène, il y a forcément un moment où la proposition de l’autre comédien surprend ou un accident de jeu arrive. Ce qui compte, c’est la manière de réagir car il n’y a pas d’erreur en improvisation, juste des opportunités pour emmener l’histoire ailleurs.

Outre la résilience, la capacité à être dans l’instant présent, les autres compétences pour improviser sont l’écoute active et le sens du collectif. Autant de qualités particulièrement utiles dans le monde du travail. D’ailleurs, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à recourir à l’improvisation théâtrale dans le cadre de formations.

Apprendre à improviser, c’est d’abord surmonter les barrières et les conventions sociales que l’on a construites en grandissant pour revenir à cet état-là. La preuve: tous les enfants savent très bien improviser dans la cour de l’école quand ils jouent aux cow-boys et aux indiens.

D’ailleurs, certains metteurs en scène et comédiens spécialistes de l’improvisation sont tellement convaincus que tout le monde peut improviser, qu’ils imaginent des spectacles où il font monter sur scène des personnes du public qui n’ont jamais improvisé et créent avec elles dans l’instant une histoire passionnante.

L’improvisation dépasse aujourd’hui les frontières du théâtre puisque même dans le domaine musical et la danse elle a toute sa place. Des virtuoses du jazz par exemple sont capables d’improviser pendant des heures. Et des classes d’improvisation existent aussi de plus en plus dans les conservatoires.

 

Source : lesechos.fr

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