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15 février 2017

Le jeu d’acteur selon Thomas Ostermeier

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Par Sabine Faraut
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« Je cherche à faire un théâtre qui surmonte la vie », explique le metteur en scène allemand et co-directeur de la Schaubühne de Berlin, Thomas Ostermeier, réputé pour la précision et la subtilité du jeu de ses comédiens. Ostermeier critique un théâtre contemporain qu’il juge souvent trop éloigné de la vie, où les comédiens multiplient les artifices et les prouesses techniques mais ne parviennent pas à une interprétation « raffinée » et « crédible ».
Il se défend de vouloir platement « imiter la vie » – son théâtre privilégie l’intensité dramatique à chaque scène – mais affirme qu’il est nécessaire à l’acteur de puiser dans son intimité pour être le créateur d’un « théâtre non théâtral ». Afin de « déclencher le jeu » de ses comédiens, le metteur en scène s’appuie sur ce qu’il appelle « quatre piliers ». Pour commencer, le rythme et le mouvement.
« Les metteurs en scène contemporains ont perdu le groove. Le théâtre d’aujourd’hui est trop souvent dans la main des dramaturges et des faux intellectuels » dit-il. Lui entend placer le rythme et la musicalité au coeur de son théâtre. S’inspirant du « montage d’attractions » développé par le cinéaste russe Eisenstein, Thomas Ostemeier affirme qu’il est pour lui nécessaire « qu’il se passe toujours quelque chose sur scène ». Par le biais d’exercices, ses comédiens travaillent à la fois la rythmique du texte et du corps. Un travail utile à tous les comédiens que ce soit pour le théâtre, le cinéma, la voix off ou le doublage.

Deuxième pilier, Constantin Stanislavski et ses « circonstances majeures ». Le comédien et metteur en scène russe, dont les théories sur l’acteur révolutionnèrent le théâtre du 20ème siècle, propose au comédien de s’appuyer sur « les circonstances données » qui déterminent un rôle (indications fournies par le dramaturge sur le passé des personnages, leur environnement, leur origine sociale…). Ostermeier parle lui de « circonstance majeure », c’est à dire « la situation qui déclenche un jeu » et qui rend la confrontation entre les personnages nécessaire et évidente. « Chaque metteur en scène doit trouver pour chaque scène sa circonstance majeure, celle qui exige que ses comédiens soient obligés de s’emparer de l’action ».

Troisième pilier qui soutient la « méthode » Ostermeier, l’expérience Sanford Meisner. Etablie par l’acteur et professeur de théâtre américain dans les années 1930, cette technique de jeu consiste à placer deux comédiens face-à-face et à les laisser répéter pendant un moment une série de questions et réponses simples, du type « tu es triste ? » / « je ne suis pas triste ». Cet exercice oblige les acteurs à être constamment « à l’écoute » et « au présent », souligne le metteur en scène. « Le problème du comédien est d’être obsédé par lui-même, explique Ostermeier. Or la source de la créativité, c’est l’autre en face. Il y a un royaume à découvrir dans chaque partenaire ».

Enfin, afin de faire de l’acteur « un chercheur de la vraie vie », l’Allemand a mis au point sa propre technique qu’il a baptisée « storytelling ». Lors des répétitions, il demande aux comédiens de mettre en scène leur propre histoire à partir d’une situation extraite de la pièce. Selon Ostermeier, les résultats sont « hallucinants » : « comme il s’agit d’interpréter les histoires des autres, les comédiens prennent soin du jeu et de la situation. Tout ce dont on rêve en tant que metteur en scène est là ».

Source : lemonde.fr

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