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01 décembre 2018

Ma vie de rêve d’intermittent

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Par Sabine Faraut
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A l’heure où pour une énième fois le statut d’intermittent pourrait être remis en cause, il semble judicieux de faire un petit topo pour expliquer l’intermittence et remettre un peu les pendules à l’heure.

Intermittence et cachets

Etre « intermittent » c’est être indemnisé par Pôle Emploi dans le cadre du régime d’intermittence. Ce n’est pas un statut, c’est juste une forme d’indemnisation. Chez Pôle Emploi il y a le régime général pour la plupart des gens, le régime intérimaire pour les intérimaires et le régime intermittent pour les intermittents, dont les comédiens font partie.

Pour devenir intermittent, il faut être payé en cachets. Un cachet est tout simplement le salaire de l’artiste, et il correspond à un nombre d’heures « travaillées ». Pour un comédien, le cachet standard, par exemple pour une représentation, correspond à 12 heures, pour une séance en studio par exemple pour une narration d’un documentaire, c’est 4 heures. C’est donc en résumé un micro CDD de 12h ou 4h.

Et si on cumule assez de cachets sur une année, on a le droit à une indemnisation mensuelle de la part de Pôle Emploi, permettant de compenser un peu les périodes où le travail se fait plus rare. Il faut actuellement cumuler 507 heures, soit environ 43 cachets. A renouveler bien sûr tous les ans, ce n’est pas un acquis.

On peut également toucher des cachets pour des répétitions (ce n’est alors plus des cachets de 12h, c’est libre), ou pour de la mise en scène (là aussi à l’heure).

Déjà présenté comme ça on voit assez clairement la rigidité du système : en dessous de 507 heures on n’a rien, juste au-dessus c’est le « confort » de l’intermittence, avec le stress de garder l’intermittence l’année suivante.

Les métiers artistiques sont pour la plupart extrêmement précaires. Enchaîner des CDD de 12h c’est pas la situation la plus confortable qui soit, donc l’intermittence amène un petit peu de stabilité.

Certains ont la chance de n’avoir aucun mal à faire les 507 heures, par exemple en faisant partie d’une grosse compagnie qui joue beaucoup. D’autres, et ils sont nombreux, peinent à se rémunérer et vivent principalement du RSA.

Comment et combien 

La base est la suivante : pour payer un comédien lors d’un spectacle, il faut un cachet de 12h. Le cachet est le seul moyen légal de rémunérer un comédien.

A combien se monte un cachet pour un spectacle ? C’est 12h à un tarif horaire donné, qui sera très souvent le tarif horaire minimum. Disons pour simplifier qu’on sera au minimum autour de 100€ net pour le comédien… Soit environ 200€ pour l’employeur, avec les charges. Voilà ce que coûte un comédien pour un spectacle. Et un comédien ne peut pas légalement jouer sans être rémunéré, le bénévolat étant interdit et c’est tant mieux parce qu’il faut vivre.
Pour les comédiens voix la séance sera souvent rémunérée par un cachet déterminé en fonction du nombre de ligne du script, plus les droits de diffusion. Hormis pour la publicité diffusée sur des chaines de TV ou radio nationales qui est très rémunératrice, le comédien touche des cachets qui sont loin d’être exorbitants.

Mais comment toutes les petites salles de moins de 50 places arrivent à programmer des spectacles avec des comédiens professionnels ? En effet, si vous avez 40 personnes dans une salle qui auront payé en moyenne 10€, ça fait 400€. Sur ces 400€ la salle en prélève une partie pour payer les locaux et le personnel. Le montant dépend des salles et des contrats de co-réalisation, mais souvent c’est 50%. Restent donc 200€, donc juste assez pour payer un seul comédien. Mais s’il y a 3 comédiens, 1 musicien et 1 technicien n’en parlons pas. En plus la compagnie portant le spectacle doit souvent payer des costumes, des décors, des administrateurs, de la communication etc. En théorie les répétitions devraient aussi être rémunérées, mais là en dehors de grosses productions pour des scènes nationales il ne faut pas rêver.

Autre chose qui est pratiqué par énormément de compagnies qui gèrent des cours de théâtre ou d’impro, c’est de déclarer ces heures de cours comme de la mise en scène. En effet, aberration du système, les heures de formation même dispensées par un professionnel ne comptent pas pour l’intermittence (sauf dans des lieux précis comme les conservatoires, et dans la limite d’une cinquantaine d’heures), mais la mise en scène si.

Qu’est ce qu’une compagnie 

Certaines compagnies de théâtre sont des associations à but non lucratif (loi 1901). Seules quelques unes sont des sociétés. C’est a priori la structure la plus simple à créer et à gérer administrativement, et elle permet de salarier des personnes, elle peut avoir une licence d’entrepreneur du spectacle pour payer des cachets, elle peut toucher des subventions etc. Bref, c’est pratique.

Sauf qu’il y a un problème : les membres du bureau de l’association, donc en particulier le président et le trésorier  ne peuvent pas être salariés de cette association. Donc si vous êtes artiste et que vous créez votre compagnie en tant qu’association loi 1901, vous ne pourrez pas vous verser de cachet. Dommage. D’ailleurs créer une association à but non lucratif avec l’objectif de gagner de l’argent est en peu paradoxal.

En conclusion, le système de l’intermittence est une aubaine pour ceux qui l’atteignent, mais il reste très rigide et entraîne énormément de contraintes.
La course à l’intermittence reste une réalité, un stress permanent pour de nombreux comédiens qui vivent parfois dans des situations précaires. Et, dans le pire des cas c’est un obstacle qui peut les obliger à renoncer à vivre de ce métier.
Alors, intermittent, la vie de rêve ?

Source : improetc.com

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