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02 mai 2017

Une voix pour obtenir des voix

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Par Sabine Faraut
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Celui ou celle qui a un timbre de voix aigüe et qui veut se lancer en politique va devoir travailler dur. Des canons de beauté se sont progressivement imposés, faisant de la transformation de la voix un passage obligé.

«Au revoir.»  Nous sommes le 19 mai 1981. Défait, Valérie Giscard d’Estaing quitte le champ de la caméra d’un pas solennel, abandonnant une chaise vide pendant que résonne la Marseillaise. D’une voix gutturale plongeant aussi bas que l’était son moral, le président vient d’adresser ses adieux à la France.
Son articulation mise à part, la voix de VGE est loin d’être une exception, presque tous les présidents de la Ve République ont un baryton léger et assuré. Ailleurs dans le paysage médiatique, la tessiture de certains hommes politiques tire même parfois vers les basses, à l’image de François Fillon ou de François Baroin.

Des voix trafiquées pour séduire
Avoir un tel organe n’est pas anodin lorsqu’on fait de la politique. Selon des études scientifiques, les personnes s’exprimant d’une voix grave parviendraient à rassembler davantage de voix que les autres. D’après une étude publiée le 14 mars dans la revue Proceeding of the Royal Society B, les électeurs tendent en effet à accorder leur vote aux candidats qui disposent de la voix la plus grave, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme.

Pour le prouver, les chercheurs ont modifié les voix d’inconnus disant «Je vous appelle à voter pour moi» pour en faire deux versions, une grave et une plus aigüe. Ils ont ensuite fait écouter les enregistrements aux participants. Dans 60% des cas, ces derniers ont préféré les voix les plus graves.
Si la voix est un atout, émettre des sons de flutiau ne vous condamne pas pour autant à rester cloîtré dans les bas-fonds de la République. Comme tout instrument de musique, une voix se travaille.

Jean Sommer, est un coach vocal qui aide les hommes politiques à avoir une meilleure maîtrise de leur voix. Le but de cette préparation: fabriquer une voix posée et plus grave, généralement quelques tons en-dessous de son timbre naturel.

Christophe Ramon, ancien chanteur lyrique aujourd’hui devenu psychologue, assure que «ce n’est pas en criant ses arguments que l’on ratisse le plus de voix, c’est en ayant un côté rassurant et paternel. D’où le fait que tout le monde cherche à parler dans le grave en utilisant plutôt l’avant de la gorge». D’après le chanteur, Jacques Chirac serait le premier à avoir fait appel à une préparation vocale.

Il ne suffit pas de hurler ou de rendre sa voix plus grave pour être efficace. L’essentiel de la technique vocale consiste à placer la voix sur un souffle suffisamment solide pour la soutenir. Rien ne sert de forcer, c’est donc avant tout un travail sur les abdominaux qui permet de tenir la distance.
Le travail de la voix fait aujourd’hui partie de la panoplie du professionnel de la politique, comme nous l’a encore récemment prouvé Emmanuel Macron qui, suite à une envolée lyrique un peu trop haut perchée lors d’un meeting, a dû faire appel à Jean-Philippe Lafont, chanteur d’opéra, pour apprendre à poser sa voix.
Il semblerait que si les candidats à une élection présidentielle tente de maîtriser leur voix c’est sans doute pour mieux attirer celles des électeurs.

Source : slate.fr

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